Rentrer ou ne pas rentrer? telle est la question....

"Alors, vous rentrez finalement?"

La question nous a été posée plusieurs fois. Légitime? Sûrement! En effet après quelques mois de voyage, Christophe et moi nous sommes fatalement posés la question... Il ne faut pas se cacher que l'expétriation et le nomadisme comme mode de vie peuvent paraître attractifs. Quand on a vécu la routine frénétique de la vie européenne, ponctuée par ses grèves, actualités noires, agacements et qu'on arrive presque à nous convaincre que nous sommes malheureux en France, et que plus rien ne va... partir est tentant!

En Amérique du sud, on a trouvé les gens cools, en Asie on les a trouvés aussi cools, en NZ on a trouvé les gens super cools, en Australie on les a trouvé extrêmement cools. En voyageant, nous avons réalisé que la communication dans notre pays est relativement violente: on râle, on monte vite sur ses grands chevaux, d'ailleurs si on ne râle pas, on n'est parfois pas servis. Les désormais trop nombreux faits divers parlent d'eux même... 

Alors on rentre ou pas? Eh bien oui!!! Bien que nous ayons vécu une année exceptionnelle à bien des égards, bien qu'on ait un peu la boule au ventre en y pensant, on rentre! L'expatriation et le nomadisme ne sont pas faits pour tout le monde. Je m'explique:

 

1. Les visites nous tiennent en haleine pendant un an. On "saute" de découverte en découverte avec une soif de nouveauté et d'émerveillement qui ne s'étanche pas. Mais si on s'expatrie, on ne changera pas de contexte aussi souvent, on deviendra juste sédentaires ailleurs... et si on devient nomades, il faudra trouver un job mobile et on n'aura pas du tout d'attaches... alors arrive le point suivant:

 

2. Nos proches: quand on voyage, on fait de nombreuses connaissances. La plupart avec lesquelles le courant passe bien... Et ce qu'on vit est tellement intense!! Ce sont donc des rencontres très spéciales. Dire qu'elles restent superficielles est faux car la rencontre au bout du monde répond à un manque et les conversations ne sont pas des échanges de comptoirs. Mais elles ne permettent de bâtir qu'une relation virtuelle, une e-relation sympa mais qui ne me suffit pas.

Merci skype et messenger, nous avons souvent communiqué avec nos parents. Mais parfois dans le périple, nous avons eu besoin d'appeler des copains qui nous connaissent bien et quand on est loin, on ne vit rien avec eux... nous avons besoin de notre tissu social, familles, amis, collègues et connaissances de notre quotidien sont importants pour nous. Trop pour partir définitivement et revenir faire coucou une ou 2 fois par an...

 

3. le travail: certaines personnes subissent leur vie professionnelle, ce n'est pas notre cas. Christophe aime son job. Quant à moi, j'ai choisi l'enseignement en étant jeune et je m'épanouis dans ce que je fais. D'ailleurs je me suis toujours dit que le jour où je subirai les élèves, je quitterai mon job. J'ai choisi librement d'être prof d'EPS et ne me sens en rien prisonnière de ma carrière. Je le fais avec foi, dans ce monde où le sport devient partie d'éducation à la santé et au bien-être. Alors pourquoi quitter un métier où on se sent utile? De plus j'ai un établissement sympa que je vais retrouver avec plaisir.

 

4. Notre famille nucléaire: nos enfants ont eu du mal à quitter "leurs potes". Leur ressenti à la fin de l'aventure? "C'était cool, mais un an c'était quand-même un peu long !". Imposer une expat à ses enfants, je sais qu'il y en a qui le font et même qui pensent que ça peut être bien pour eux. Moi je me mets dans leur peau de temps à autre. La stabilité vécue dans mon enfance et mon adolescence m'a sûrement permis de me construire et si l'adaptabilité à notre monde est nécessaire et si cette année a probablement "fait du bien" à nos enfants sur bien des plans (adaptation, découvertes, ouvertures culturelle, linguistique, culinaire, religieuse), je peux comprendre qu'à 15 et 13 ans, on n'ait pas forcément envie de changer de vie totalement! D'ailleurs Christophe et moi souhaitons ici les remercier pour avoir été partants dans ce projet qui les a parfois fait angoisser avant notre départ. Ils nous ont montré tout au long de cette année leur maturité, adaptabilité, sensibilité au monde et les voir évoluer nous a souvent émus. 

 

5. Les animaux de compagnie: ce ne sont que des chiens diront certains. Oui mais ce sont les miens! Et ils m'ont manqué, surtout après quelques semaines de voyage. À la maison, je les ai en 24/24h et 7/7j. Une petite compagnie bienveillante toujours prête à jouer ou faire un calin... et je dois bien avouer que j'en suis un peu gaga...

 

6. Le confort: certainement la chose la moins importante, vraiment! Mais on ne va pas bouder notre plaisir de retrouver chacun nos affaires, notre maison, nos chambres séparées et un peu plus que les 5 Tshirts et sous vêtements, 2 pantalons dans nos valises. C'est vrai, je vais abandonner mon masque et mon tuba la mort dans l'âme quand-même...

 

Il y a toutefois des choses que je ne suis pas pressée de retrouver, même après un an: la pluie, la circulation, les magasins, la cuisine 3 fois par jour (c'est bien en Asie, la cuisine des rues coûte moins cher que cuisiner soi-même!), mais bon, à part ces quelques désagréments, on est bien chez les chtis !!! Alorsà très vite !!!

                                                                                                Anne

Écrire commentaire

Commentaires: 7
  • #1

    Muriel de La Route à 4 (mercredi, 30 mai 2018 17:41)

    Coucou Anne !
    Ton article est clair et bien réfléchit. Nous c'était un peu différent pour le départ mais notre retour était souhaité de tous ! Pourtant à un moment donné on ne voulait plus rentrer. Mais comme vous, le tissu social, nos amis, notre famille nous a aidé à prendre notre décision finale du retour. Et aujourd'hui on ne regrette pas... on prend le temps de sortir nos derniers clichés... de chercher un emploi ou de demarrer une nouvelle vie professionnelle . Bref on profite du confort d'une maison ... surtout lorsqu'il pleut ! Tout le monde retrouve son intimité, ses marques et... on reparle sereinement de projets de voyage à plus ou moins long terme...
    Bon retour à vous ! Dans le grand Noooord ;-)

  • #2

    Marie (mercredi, 30 mai 2018 19:20)

    Hâte de vous retrouver!! vous rentrez cet été donc les nuages devraient (normalement) se tenir à carreau!
    bisous

  • #3

    Planète et sacs adis, elo (mercredi, 30 mai 2018 21:28)

    Ton message est poignant, il correspond exactement à ce qu on ressent.
    Nous avons encore un peu plus de deux mois devant nous, mais nous aussi nous rentrons.
    Pour les mêmes raisons, les mêmes peurs...et les mêmes remerciements à nos filles qui sont restées très ouvertes dans cette aventure.
    Bisous à vous quatre
    Heureuse de vous avoir rencontré à Roturua et d,avoir échangé sur messenger.
    A bientôt en France
    Bisous bisous
    Elo

  • #4

    Sabine (mercredi, 30 mai 2018 22:07)

    Quelle sagesse , Anne, je suis heureuse pour vous que votre capacité à analyser la situation dans son ensemble vous évite de rentrer à contre-coeur...et heureuse pour moi d'avoir le plaisir de vous retrouver prochainement ;-)
    Bisous à vous quatre

  • #5

    Christiane Labitte (jeudi, 31 mai 2018 00:01)

    Un grand merci pour ce message poignant qui résume bien une année loin de sa famille,
    son travail, ses amis, ses animaux de compagnie, son "chez-soi", le confort matériel et tt ce que
    l'on a construit en France. Bravo aux enfants qui ont fait preuve d'une gde maturité tt au long
    de cette année. Une annèe qui laissera des souvenirs indélébiles, inoubliables, des photos,
    des rencontres, des adresses, des nouveaux amis, des nouvelles terres d'accueil.
    Vous avez ts les 4 grandit ds l'âme et ds votre coeur......plus rien ne sera pareil à votre retour.
    Merci surtout de nous avoir fait voyager à vos côtés 320jours autour du monde.
    J'espère égoïstement qu'il y aura un après!
    Bon retour chez vous .
    A bientôt de vous revoir en famille . Mercredi 30 mai 2018
    .........

  • #6

    quintin pascal (samedi, 02 juin 2018 07:45)

    très beau texte anne tu aurais pu faire prof de philo!
    merci de nous avoir permis de partager à distance cette formidable aventure familiale qui devrait vous marquer toute votre vie
    bisous de mijo cal morgane et greg

  • #7

    Agathe et Sylvain, les « baroudeurs chtis » de NZ (jeudi, 07 juin 2018 12:01)

    Quel bel article bien pensé, nous sommes contents que vous soyez profité autant de votre voyage tous ensemble, et de vous savoir contents de rentrer. Quelle belle aventure, vraiment !!!
    Bises et on essaie de se voir à notre retour ?